Informations, impressions, commentaires : mon regard sur l'actualité politique.
Jean Michel Aphatie 03 décembre 2009 Lien permanent
Une nouvelle passée inaperçue 03/12
Entre la grippe A, le déclassement de l’équipe de France de football par la FIFA, les dérapages incontrôlées de beaufitude grossière dans le débat sur l’identité nationale française, une nouvelle importante a failli passer inaperçue. Sans ce blog, vous seriez tous passé à côté.
L’histoire commence mal, de façon très ennuyeuse. Jusqu’à hier, Christine Lagarde, la meilleure ministre de l’économie de l’univers depuis Cicéron, résistait à la commission européenne et à notre partenaire allemand que nous adorons sur le calendrier de réduction des déficits publics. Je vous avais prévenu: ennuyeux. Mais instructif aussi.
L’Europe, méchante Europe, voulait que la France, comme les autres, reviennent en dessous de la barre des 3% des déficits, contrainte maastrichienne, dès le budget 2013. Et Christine Lagarde, cicéronienne, avait dit: pas question. Et hier, changement de cap: c’est d’accord, la France va accélérer la réduction de ces déficits. Pourquoi? Et avec quelles conséquences? Les réponses pour ceux qui suivent.
La quasi faillite de Dubaï, qui fera rire tous ceux qui ici et ailleurs ont écrit, dit et clamé que seuls les sots pensent que les Etats peuvent faire faillite, affole les marchés financiers. Ils craignent à la fois la répétition des annonces d’arrêt des remboursements, la Grèce par exemple est un gros motif d’inquiétude, et une contagion qui se propagerait à partir des créanciers dépités de Dubaï. Pour cette raison, les opérateurs très sollicités pour prêter de l’argent à tout le monde réclament des contreparties de rigueur et de sérieux à tous leurs emprunteurs.
En clair, il faut que les Etats commencer à serrer les boulons et à montrer qu’ils maîtrisent leurs déficits abyssaux et vertigineux. La zone euro comme les autres doit intégrer cette contrainte et la France, qui pensait pouvoir continuer à faire cavalier seul au motif qu’elle est la France, est obligée de passer aussi sous la toise.
Concrètement, qu’est-ce que ceci veut dire? Les experts calculent que d’ici à la présentation du budget 2013, donc d’ici à l’automne 2012, la France devra effectuer quelque 80 milliards d’économies, soit par des suppressions de dépenses, soit par des augmentations de recettes.
Information intéressante, sinon capitale. 2013, à l’échelle des choix budgétaires, c’est demain. Il faut donc se mettre au travail aujourd’hui pour planifier ce chantier colossal. Dès l’année prochaine, préparation budget 2011, des économies substantielles devront être réalisées. En langage vulgaire, on appelle cela la rigueur, ou la purge, en tout cas quelque chose qui peut vous rendre célèbre mais certainement pas populaire. Et comme toute purge a ses limites, il faudra aussi se résoudre, l’année prochaine ou celle d’après, à une augmentation de la fiscalité, soit la fiscalité du revenu, soit celle de la couverture sociale, soit la fiscalité indirecte. Mais enfin, là aussi, quelque chose qui nourrira d’autant plus l’impopularité que jusqu’ici les promesses ont été répétées: pas d’augmentation des impôts.
Le calendrier a bien sûr son importance. Les stratèges les plus subtils espéraient qu’aucune décision de cette nature ne serait obligatoire avant la prochaine sélection présidentielle. Ils doivent désormais faire le deuil de cette espérance. A gauche, où l’on espérait sans doute encore une fois pouvoir promettre de raser gratis, il faudra intégrer cette donnée, celle de l’appauvrissement de l’action publique, à la confection du programme. Et à droite, où l’on pensait que la présidence Sarkozy ne serait pas celle de la rigueur, on doit de même repenser toute l’action.
Voilà qui modifie tout dans le champ de la politique. Et surtout, voilà qui bouleverse tout. Nous sommes si peu habitués, en France, à intégrer les contraintes de l’économie, nous sommes tellement persuadés, au plus profond de nos consciences, que la volonté politique peut tout bousculer, que nous nous trouvons déstabilisés par cette évolution soudaine, et jusqu’ici faiblement commentée, de la situation financière et monétaire mondiale. Il faudra pourtant nous le mettre dans les têtes: les jours les plus durs sont devant nous, et pas derrière.
commentaires (21)
Si on commençait par faire des économies à l'Elysée et dans les ministères?
C'est comme en ce qui concerne le développement durable: aller/retour de Borloo en avion de Paris à Deauville alors que de fréquents TGV font le trajet en moins de 2 heures! Sans parler des déplacements de qui l'on sait!
bonjour tout le monde,
Marie très intéressant ce que tu écris ;)
je n'ai pas lu le pourquoi de tes explications, mais elles ont le mérite d'être claires et précises !
je vais lire, j'ai un peu de temps
a+
Monsieur Aphatie,
A propos de cette nouvelle qu'on aurait ratée, soyez plus modeste : il n' y a pas que votre blog sur le net ; nous aussi on lit la Tribune... En revanche votre analyse est un peu fumeuse ; mais bon ici c'est un blog politique, pas un blog de la vie économique.
JMA a choisi aujourd'hui de nous parler du dernier domino, qu'il voit s'écrouler dans un jeu qui bascule globalement.
Alors, il a choisi Dubaï, devenu double zéro ( couche tout nu, comme on dit chez moi à la campagne), mais hier double six !
JMA, l'arbre ne cache pas la forêt et comme le dit souvent Nicolas le Blogeur, vous avez longtemps été ici le chantre du libéralisme, alors, que vous souhaitiez pointer du doigt tel ou tel mauvais élève à vos yeux de vos cours d'économie politique, n'y change rien, c'est l'ensemble du système qui arrive en bout de course !
Vous appeler une fois encore à la vertu du système, vous me rappeler les fondateurs du protestantisme, Martin Luther avec ses affiches sur les portes des églises, appelant à la fin de la perversion, la fin des indulgences pour sauver la foi !
Allons JMA, la raison ne fait pas parti des possibilités du capitalisme, c'est l'inverse, comme hier, Pierre du bâtir une église, qui contenait déjà, la trahison du Christ pour quelques pièces " de plus" !
Cher Apathie,vous qui cherchez a vous faire passer pour un cabinet d'audit des finances publiques , pourquoi n'évoquez-vous jamais le poids des alloc familiales dans le budget de la nation destinées aux Francais issus de l'immigration ?
Connaissez-vous au moins le chiffre ?